Vendredi 18 janvier 2008
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J'étais devant mon beau bloc de papier à le regarder comme un archéologue regarde la sculpture qui vient d'aparaitre sous son
pinceau. Je la regardais comme un menuisier évalue sa planche avant de donner le premier coup de ciseau. Je la caressais comme le tailleur de pierre promène sa main sur la pierre pour en
découvrir les failles et les aspérités.
Le temps venait de s'arrêter. J'étais seul dans l'espace face à cette feuille à la regarder sous toutes ses
coutures. Je remarquais les petits grains bruns qui se dispersaient, je voyais les ondulations des multiples collages. Je m'imaginais les soulever comme on soulève les roches à la recherche
de crabes lorsque l'on est enfant sur les plages de l'Ile d'Oléron.
Je scrutais chaque aspérités comme l'astronome regarde les cratères de la Lune. Moi qui cherchais une histoire
complexe, un sujet truculent, je me sentais aspiré par l'odeur de ce bloc de papier. Je découvrais cette texture comme l'enfant le bruit des feuilles mortes sous ses pieds. Je me posais
l'espace d'un instant autour de la plus simple des feuilles et la vie me regardait.
Alors, quant elle prit la parole pour me raconter son histoire, je ne fus pas surpris. Elle avait attendu que je
sois prêt et receptif.
Lannemezan, le 18 janvier
2008
Par Kainto
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