Je me souviens de cette ville. Je n'ai oublié aucune des personnes et aucuns des lieux. Comme à mon habitude, j'ai disparu, ne contactant personne. J'ai une liste de noms, de numéros et d'adresses. Je l'utiliserais un jour, j'ai toujours utilisé ces listes issues de mes vies passées. Je me donne quelque fois l'impression d'être un phantome. Tel un spectre porteur de souvenirs, je réapparais dans les vies que j'ai quittées au hasard de mes pérégrinations. Je vois et j'entends alors ce que j'ai laissé.
C’est en passant le panneau de cette ville que l’idée est apparue. Elle s’est installée avec la colère, la joie et la nostalgie. Je crois que la colère est venue d’abord. Elle était dirigée contre tous, elle, eux et surtout le reflet de cette page que j’avais toujours voulu tourner. La joie suit avec ma nostalgie, refuge secret de mes sourires et de mes vagues à l’âme, ressource unique de ces moments de tempête, de tristesse et d’affrontement de la mort. Le chapitre se termine et je veux recommencer, corriger, excuser, comprendre, réparer, la reconquérir et l’aimer.L’écriture est la seule délivrance pour en finir. Enfin voir la fin du livre et savoir que c’est arrivé. J’ai voulu marquer une terre qui n’est pas la mienne, inscrire enfin un nom dans une histoire qui n’est pas la sienne. À l’image de ceux qui vivaient dans les grottes, je laisse des marques : la trace de mes mains, de mes proies. Mais comment parler de l’odeur de la peau, de la peur devant une porte, de la solitude dans ces tribus qui n’étaient pas les miennes. Il me faut repartir encore, vivre quelques jours de plus de mon passé.
C’est la deuxième fois que je pars de cette ville. En fait je n’arrive pas à partir de ce lieu. Une ville où je suis devenu un homme sans préméditation. Un endroit où je fus tout à tour étranger, résident et quatre ans plus tard exilé, déraciné, perdu.
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