La Fuite
A trois heures du matin, ils ne sont pas nombreux à traîner sur le parking de l’immeuble. Arnold était d’ailleurs le seul à se garer. Après une longue nuit passée en négociation, il rejoignait enfin son logis.
Il était calme, il aimait les odeurs et les bruits de la nuit, les échos de voiture au loin, le lourd sommeil des villes. La douceur des premières nuits du mois de mai lui rappelait sa campagne natale, tout ce qu’il avait perdu en partant trop vite. Il n’avait pas eu le choix, comme le départ qu’il avait organisé ce soir. Il était détendu comme après avoir traverser les forêts qui entouraient la maison de ses parents. Il pensa à ses bergers qui le soir, après avoir enfin rassemblé le troupeau rejoigne leur refuge.
Face à lui, l’immeuble s’imposait. Il était grand, fatigué, sale, si sale. Au rez-de-chaussée les volets étaient tirés, par peur du dehors. Il poussa la porte d’entrée, alluma machinalement la lumière, puis monta d’un pas sûr et lent. Il ne prêtait plus attention aux bruits extérieurs, il n’entendit pas la voiture s’arrêter, les portes claquer.Il allait ouvrir sa porte, enfin se reposer, il étais si las. La porte d’escalier claqua, on montait dans le couloir, quatre peut être cinq, un pas lourd et rapide. Ils étaient pressés.
Arnold n’avait plus besoin d’ouvrir sa porte, plus besoin de courir, il savait. Un dernier reflexe allait lui faire sortir une arme, histoire de parler un peu aux nouveaux arrivants. Il se retourna et attendit. Pas de revolvers, pas de course dans les escaliers, juste le calme et une cigarette, la dernière. Les quatre hommes arrivèrent, c’est fou ce qu’un flic peut avoir la gueule de l’emploi.
- Raoul Chamis dit Arnold le discret- Je suppose que vous ne venez pas prendre le café.
- Tout est fini, suivez nous.
- Je vous suis,..., une cigarette ?
Ce texte a été écrit en septembre 1996., à Mérignac. Une petite aventure comme j'aurais aimé en filmer. L'odeur de la nuit me manque.
