Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Partage de textes et d'images au gré des envies et de ma vie : Poésie, Fragments, Photographies dans le Pele Mêle de nos vies : Tendresse, Amour, Rêves, Beauté du monde

05 Jul

Toujours devant

Publié par Kainto  - Catégories :  #Fragments

Toujours devant

Un texte que j'aime beaucoup. Ecrit le 25 janvier 2003, il fait suite au 11 septembre et à la guerre en Afghanistan. Depuis la guerre en Irak n'est toujours pas finie et les armes de destruction massive n'ont pas été retrouvées. Les hommes sont ils donc toujours comdamnés à devenir fous ?

 

    La route défile devant nous. Je ne sais plus depuis combien de temps je suis dans ce pays. Depuis combien de temps dure cette guerre. Nous sommes l’avancée : « La flèche » comme nous le rappelle notre chef. Nous passons notre temps dans notre engin motorisé. Trois hommes amaigris par les conditions du désert et les difficultés de ravitaillement, mal rasés, et puants. Je suis persuadé que nous puons la mort, nous devons avoir son odeur pour qu’elle nous ait oubliés.
    Avachi sur mon siège, une jambe passée par la fenêtre, je regarde le paysage. Je scrute les mouvements d’un hypothétique ennemi. Mon arme est devenue le prolongement de mon bras. Elle breloque depuis tellement longtemps sur mon thorax que j’ai fini par l’oublier. Je viens de penser au retour, mon retour. J’aimerais rentrer, je ne cherche plus à savoir si nous avons une quelconque utilité dans ces contrées. Je veux rentrer. J’aimerais revoir le paysage de mon pays, retrouver les couleurs, les odeurs, être loin d’ici. Loin de cette folie où je suis submergé par des images de corps calcinés, de batiments éventrés et par le regard de cet enfant que nous venons de croiser. Je suis comme lui, le regard hagard et rempli d’incompréhension. Sera t’il un jour, comme moi, acteur de ce carnage ?
    Je cherche cet autre que je ne connais pas. Mais j’aime son pays, j’aime ses horizons que je parcours encore et encore. Nous sommes les précurseurs du malheur, les marionnettes du diable. Je ne vois que lui pour avoir assez de cynisme pour se réjouir de la mort des hommes.
    J’espère juste qu’il m’oubliera lorsque je serais de retour à la maison. Mais il n’oublie pas les fous sanguinaires que nous sommes. Si je sors de cet enfer, je sais qu’il reviendra me chercher. Je serais peut être redevenu humain. Mais je ne sais même plus ce que cela veut dire, la valeur d’être humain, la valeur d’un être humain. Humain, voilà un mot dont je ne comprends plus le sens mais ce mot me rassure.
Commenter cet article

À propos

Partage de textes et d'images au gré des envies et de ma vie : Poésie, Fragments, Photographies dans le Pele Mêle de nos vies : Tendresse, Amour, Rêves, Beauté du monde